A-2. Dépistage et diagnostic précoce

1 - Quelles maladies dépister et comment ?

Pour qu’une campagne de dépistage soit justifiée, il faut que la maladie à dépister réponde aux conditions suivantes :
- il existe un stade pré-symptomatique de la maladie ;
- des outils de dépistage validés sensibles, spécifiques, reproductibles et acceptables économiquement et éthiquement sont disponibles ;
- le dépistage de la maladie à un stage pré-symptomatique doit modifier significativement le cours ou les conséquences de la maladie. La campagne se fait en invitant de façon systématique la population générale ayant l’âge concerné à faire les tests de dépistage.

2 - Le dépistage a-t-il un intérêt dans la maladie d’Alzheimer ?

Non, dans l’état actuel des connaissances et avec les moyens actuels du système de santé, le dépistage de la maladie d’Alzheimer ou apparentée n’est pas recommandé. Aucune conférence de consensus ne recommande le dépistage (U.S. Preventive Services Task Force, American Academy of Neurology, Canadian Task Force on Preventive Health Care, Direction générale de la Santé, Consensus européen sur la maladie d’Alzheimer). Les études sur l’intérêt du dépistage dans la maladie d’Alzheimer sont peu nombreuses et insuffisamment pertinentes sur le plan méthodologique.

3 - Le diagnostic précoce a-t-il un intérêt dans la maladie d’Alzheimer ?

Oui, le diagnostic précoce est recommandé dans la maladie d’Alzheimer, uniquement s’il est accompagné d’un engagement de prise en charge. La mise en place précoce de thérapeutiques, d’une prise en charge et d’un accompagnement assure une meilleure qualité de vie aux patients et aux aidants sur un temps plus prolongé, et retarde l’entrée en institution.

Pour la mise en place précoce d’une prise en charge adaptée du patient (prise en charge cognitive, prévention des complications médicales, prévention des conséquences sociales, désignation par le malade d’une personne de confiance, directives anticipées, protection juridique, traitements, etc.).

Pour un accompagnement familial précoce.
Le diagnostic précoce permet de donner une information plus objective à la famille sur la maladie, à un moment où le malade est à un stade pauci-symptomatique 1 et communique encore avec ses proches. Il permet aussi de prévenir l’épuisement familial par la mise en place précoce et progressive des aides et soutiens nécessaires.

4 - Dans quelle population et avec quels outils le diagnostic précoce doit-il être fait ?

Le diagnostic précoce doit être proposé :
- aux personnes exprimant une plainte mnésique réelle ;
- aux personnes chez lesquelles l’entourage remarque l’apparition ou l’aggravation de troubles mnésiques et/ou un changement psycho-comportemental (apathie, désintérêt, agressivité, dépression, désinvestissement, changement ou trouble du caractère, trouble du comportement, etc.) ;
- aux patients venant consulter ou étant hospitalisés pour une pathologie qui peut être reliée aux troubles cognitifs (chute, accident vasculaire cérébral, perte d’autonomie, etc.).

Les outils doivent être simples, sensibles, validés, de passation rapide. Il est nécessaire d’évaluer les fonctions cognitives et l’autonomie.

5 - Faut-il annoncer le diagnostic à un stade pré-clinique 
(Mild Cognitive Impairment) ?

Oui, le Mild Cognitive Impairment (MCI) justifie un suivi régulier, bien qu’il demeure aujourd’hui une entité dont les caractéristiques ne sont pas totalement fixées. A défaut d’être retenu comme le stade le plus précoce d’une pathologie démentielle, il constitue au moins un facteur de risque important d’évolution défavorable et doit être explicité comme tel au patient.

6 - Quels sont les freins au diagnostic précoce ?

Les freins sont multiples, d’ordre à la fois social et médical :
- La maladie est encore parfois méconnue : banalisation des symptômes rapportés à l’âge, par la personne et son entourage, voire par les médecins ; sensibilisation et formation des médecins encore insuffisante.
- Elle est encore une maladie tabou, qui fait peur. Elle est source d’exclusion, de rupture des liens sociaux.
- Autres facteurs : âge avancé, isolement social, précarité, déficit sensoriel, poly-pathologie qui masque les symptômes, etc.

7 - Quels sont les moyens d’améliorer la précocité et la qualité 
du diagnostic ?

Informer la population sur la maladie d’Alzheimer (par des campagnes d’information grand public ou ciblées) afin de changer l’image de la maladie.

Améliorer la formation, initiale et continue, des médecins généralistes et spécialistes, et des formateurs médicaux et paramédicaux.

Développer des partenariats entre professionnels concernés (complémentarité des compétences).

Favoriser le repérage des premiers symptômes par le médecin généraliste, par une évaluation cognitive initiale, à la suite de laquelle il peut adresser le patient à bon escient vers une consultation spécialisée.

Maintenir le principe du libre choix du patient et de sa famille et la possibilité d’un accès direct à une consultation spécialisée, car certains médecins refusent d’adresser les patients, croyant que les pertes de mémoire liées à l’âge sont inéluctables.

Pour information :

DEFINITIONS

Dépistage :

Le dépistage consiste à mettre en place une ou des campagnes d’examens systématiques en population générale pour diagnostiquer une maladie à un stade non symptomatique. Le résultat de ces campagnes doit ensuite être évalué.

Diagnostic précoce :

Le diagnostic est précoce quand il est fait à un stade pauci-symptomatique (avec très peu de symptômes) de la maladie. Il se fait chez des sujets ayant recours au système de soin (et non par examen systématique en population générale), qu’il s’agisse de consulter son médecin généraliste ou d’autres consultations ou d’hospitalisations. Il y a donc une demande de la part du patient (ou de son entourage), le plus souvent pour une gêne ou une plainte mnésique.

Posté le 31 décembre 2007 par webmaster